Travailler dans le domaine créatif est rude, nous le savons tous. Mais jusqu’à quel point? Imaginez le scénario suivant. Vous entrez dans un bistro et vous commandez un café en précisant au personnel que vous ne payerez pas si vous n’êtes pas satisfait du goût. Une autre situation? Vous demandez à une architecte de vous faire un plan pour la construction de votre chalet, mais encore une fois vous spécifiez que vous allez payer que si le plan vous convient. C’est sans surprise que nous savons tous que ces deux offres seront refusées. Vous n’aurez ni café ni plan sans avoir préalablement payé les produits ou les services que vous désirez tels que le démontre si bien la vidéo réalisée par Zulu Alpha Kilo. Mais alors, pourquoi cette pratique, que l’on nomme Travail spéculatif, est si courante dans le domaine du graphisme, de la pige et du travail autonome?

Travail spéculatif… non merci!

Mandater le service de professionnels sans les rétribuer pour leur travail est une pratique inacceptable, nuisible et injuste. C’est pour cette raison que la Société des designers graphiques du Canada (GDC), la Registered Graphic Designers of Ontario (RGD) et l’Icograda (Conseil international des associations de design graphique) sont tous intervenus pour dénoncer le recours aux travaux spéculatifs.

À ce titre, «la SDGQ recommande aux organisations qui ont recours à du travail créatif non rémunéré de procéder différemment, c’est-à-dire de choisir un designer sur la base de ses réalisations passées, de ses titres professionnels et de son expérience. Il est toujours possible de passer en entrevue quelques candidats pour vérifier leur compréhension des besoins du projet». C’est pourquoi le Code de déontologie de la SDGQ déconseille aux membres de participer à des concours ne prévoyant pas la rémunération de chaque participant en fonction de son travail.

Oui au travail de collaboration

 Si certaines compagnies des secteurs privé et public croient à tort qu’il est judicieux sur le plan commercial d’exiger des travaux spéculatifs des designers graphiques ou entrepris de design avec lesquels ils songent à faire affaire, cela est tout le contraire. En plus de ne pas être équitable pour le designer, avoir recours à un concours n’est pas garant d’un produit personnalisé pour le client. Pour un travail de qualité, il est nécessaire que le client s’implique dans le processus de création. C’est grâce à une étroite collaboration et un échange d’idées et d’informations avec un designer qu’un client aura le meilleur produit.

Règlements et exigences

Pour contrer les problèmes reliés au travail spéculatif et pour protéger les droits d’auteur ainsi que le travail des designers, la SDGQ a mis en place un code pour les compagnies désireuses de recourir aux services d’un designer graphique.

Comment choisir un designer graphique ou une entreprise de design?

  • Dresser et rendre publique une demande de propositions qui présente des renseignements généraux sur le projet ainsi que vos objectifs, l’étendue du travail à effectuer, le calendrier des activités et les exigences de la demande (tâches, produits livrables, membres désignés de l’équipe, budget, expérience pertinente exigée et références requises de clients).
  • Si un client est certain de devoir obtenir des idées créatives de la part de plusieurs designers graphiques ou entreprises de design, nous lui recommandons de rémunérer chaque participant pour son travail. Les honoraires remis devraient équivaloir aux honoraires et dépenses raisonnables perçus pour un projet similaire dans des conditions de travail normales.
  • Les clients qui ne peuvent justifier une telle rémunération dans le cadre de leur projet devraient choisir un designer graphique en obtenant des suggestions de candidats auprès de leurs collègues, en examinant leur portfolio et en vérifiant leurs références.

Ces méthodes de sélection devraient s’appliquer à la fois aux projets rémunérés ou bénévoles.

Rémunération juste et équitable.

S’il est impensable de ne pas payer son café, son architecte, son restaurateur, son entraîneur ou son paysagiste, il est tout aussi impensable de ne pas payer son graphiste pour les services rendus. Imaginez-vous travailler sur un projet et par la suite vous voir refuser toute rémunération. Frustrant, n’est-ce pas? Alors, pour une meilleure équité, une reconnaissance et un respect du travail accompli, il est primordial d’offrir une rémunération juste selon les codes en vigueur.

Opter pour un travail de collaboration plutôt qu’un concours donnera toujours un résultat plus riche et plus personnalisé.